La réforme des retraites
On nous dit qu'il faudra travailler plus longtemps? Est-ce vrai?
C'est sur cette question pointue que le groupe "Vision" du consistoire de Pfaffenhoffen s'est penché mardi soir 23 novembre en partenariat avec les EOP 'Equipes Ouvrières Protestantes d'Alsace du Nord.
Bernard Friot, sociologue et chercheur en économie sociale, auteur de L’Enjeu des retraites (La Dispute, Paris, 2010) a proposé une réflexion tout à fait originale sur la question.
Je vous fais part de quelques extraits de son exposé:
D'après un calcul en monnaie constante :
Le PIB augmente chaque année de 1,6% et est multiplié par 2 tous les 40 ans.
En France le PIB en 1970 était de 1 000 Milliards d'euros et il y avait 3,5 actifs pour 1 retraité; 5% du PIB étaient affectés à la retraite laissant 950 Milliards d'euros aux actifs et à l'investissement.
Le PIB en 2010 est de 2 600 Milliards et il y a 1,8 actif pour 1 retraité; 13% du PIB sont affectés à la retraite.
Le volume des pensions a été multiplié par 5 en 40 ans, le poids des pensions dans le PIB a été multiplié par 2,5 alors que le nombre d'actifs par retraité a été divisé par 2.
Selon cette progression, en 2050 le PIB sera de 4 000 Milliards, le poids des retraites sera de 20% affectés à la retraite laissant 3 200 milliards aux actifs et à l'investissement. Certes on sera passé en un siècle de 50 à 800 Milliards de dépenses pour les retraites, mais le PIB sera passé de 1 000 à 4 000 Milliards d'€.
Dans l'observation statistique, il n'y a aucun problème démographique.
A moins que nous ne considérions que nous sommes un pays sur le déclin... Et toute la pensée de Bernard Friot est basée sur ce postulat : l'adhésion à la Réforme repose sur le fait que nous sommes un pays défait et qu'il faut que nous nous fassions à cette défaite. C'est la morosité : pour la première fois depuis 150 ans les adultes pensent que leurs enfants vivront moins bien qu'eux. Une réforme a pour but d'améliorer un système en place, aujourd'hui les mesures mises en place pour une soit disant réforme des retraites ne font que dégrader la situation.
Le regard que le professeur Friot a tenté de nous faire poser sur notre société est un regard beaucoup plus optimiste que celui que l'on essaye de nous faire adopter, car si nous ne sommes pas un pays défait, en 2050 le PIB de la France devrait atteindre 4 000 Milliards d'euros. Or pour permettre à notre PIB de continuer à augmenter il faut inscrire de l'activité dans l'emploi.
Cela signifie qu'il faut transformer des activités bénévoles en activités rémunérées. En 1950, par exemple, des religieuses s'occupaient des malades. Aujourd'hui elles ont été remplacées par des infirmières qui reçoivent un salaire. Le travail, c'est ce que nous décidons ensemble d'être considéré comme emploi.
Aujourd'hui, il n'y a plus d'espérance collective : nous sommes en plein pessimisme intellectuel - No Futur !
Malgré un réel manque de temps pour l'échange et les questions, des idées qui peuvent tout à fait être contestables, j'en retiens que nous ne devons pas nous laisser aller à la morosité et au pessimisme : les médias ne nous disent toujours que ce qu'ils veulent bien nous dire.
La religion chrétienne nous demande d'espérer malgré tout.
Cet exposé m'aura permis de prendre de la distance et de la hauteur par rapport à tout ce que l'on entend. Notre société ne semble plus mettre l'humain au coeur de ses préoccupations et sans doute devons-nous en prendre conscience et lutter contre. Si une société n'a plus comme soucis que la rentabilité, le profit et ses actionnaires, elle doit se remettre en question.
On remplace toujours un Dieu par un autre. L'athéisme ne serait que le rejet d'un Dieu au profit d'un autre, même s'il n'est pas reconnu. "Lorsque les Marchés s'inscrivent au pluriel avec une majuscule, méfions-nous car c'est une idole païenne!" dixit Bernard Friot. Et jusqu'où sommes-nous prêts à offrir des sacrifices à ces idoles?
Retrouvez l'article de M. Friot paru dans le journal "le Monde diplomatique"de septembre 2010 : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/09/FRIOT/19637.
Patricia Rohrbacher
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